Il est indéniable que le patrimoine musical de Downsview est incroyablement riche.
Dans les années 1950, de futures vedettes du rock and roll, du rockabilly et du R&B, comme Roy Orbison et Ike et Tina Turner, se sont produites à l’auditorium Crang Plaza, à l’angle des rues Jane et Wilson. Non loin de là, des légendes telles que Frank Sinatra et Duke Ellington faisaient salle comble au Hook and Ladder Club de 700 places, dans l’hôtel Beverley Hills Motor Hotel. Et bien sûr, au cours des dernières décennies, Downsview a été au centre de la scène de hip-hop et de musique urbaine de renommée mondiale de Toronto. Nous l’avons relaté ici.
Mais, pour savoir comment a commencé l’extraordinaire histoire musicale de Downsview, il faut remonter dans le temps jusqu’au début des années 1880 et à la naissance du Downsview Brass Band.

Étonnamment, on en sait beaucoup sur le DBB, comme on l’appelait à l’époque, car ses exploits ont été largement évoqués dans le livre From Oxford to Ontario : A History of the Downsview Community, écrit par William Perkins Bull en 1941. Cet ouvrage demeure le plus complet sur l’histoire sociale des débuts de la colonie de Downsview. Selon l’auteur, « presque toutes les familles de la communauté ont été représentées, à un moment ou à un autre, parmi les membres du DBB ».
La charrette tirée par des chevaux, transportant musiciens et instruments, avec les initiales DBB bien en évidence sur le côté, était un spectacle courant et très apprécié dans le sud de l’Ontario à l’époque.
Le groupe se rendait aussi loin que Peterborough, Brampton, Richmond Hill et Malton, et se déplaçait même vers le sud, jusqu’à Toronto. On lui réservait un accueil enthousiaste dans « tout pique-nique, réunion de thé, soirée, garden-party, charivari ou défilé ».

Les musiciens étaient également les bienvenus lors d’événements où l’on servait de l’alcool, toujours en cachette, bien entendu. Ainsi, les membres du groupe ont acquis la réputation de fêtards. En fait, certaines personnes disaient que les initiales DBB signifiaient « Devil's Bad Boys » (les mauvais garçons du diable). On les appelait aussi parfois le « Sarsaparilla Band ». Mais William Perkins Bull soutient que cela n’était que méprise. « Ils étaient, nous assure‑t-il, des membres fidèles et assidus de l’Ordre britanno-américain des bons templiers », l’une des principales organisations de tempérance de l’époque.
Le groupe était dirigé par Thomas Emery, homme aux multiples talents musicaux : il composait, chantait dans la chorale de l’église et jouait du violon, même si certains fidèles plus âgés considéraient le violon comme « l’instrument du diable ». Avant son arrivée à Downsview, Emery a servi pendant 21 ans comme musicien dans l’armée britannique, principalement à Gibraltar et à Malte. Ses talents de vendeur étaient presque aussi grands que ses talents de musicien. En effet, suivant son arrivée à Downsview, il ne lui a fallu que trois mois pour former un groupe de 20 musiciens et le préparer pour sa première représentation au pique-nique de l’Église anglicane à Hoggs Hollow. Le DBB a reçu un accueil si favorable qu’il a joué à nouveau au pique-nique pendant les 11 années qui ont suivi.
Un spectacle du DBB n’était pas donné. Comme leader, Thomas Emery se faisait payer trois dollars par soirée et le groupe demandait de 10 à 15 dollars pour une représentation. Mais ces prix ne suffisaient pas à dissuader les responsables de nombreuses organisations locales, qui préféraient payer pour une prestation du DBB plutôt que d’engager des groupes qui offraient de jouer gratuitement.
L’une de ces personnes, le chanoine Osler de l’église St. John’s à York Mills, a déclaré « Nous ne voulons pas de groupes qui jouent gratuitement. Nous voulons les beaux garçons de Downsview, sinon les filles ne viendront pas ».
L’un des concerts les plus lucratifs du groupe avait lieu à bord d’un train réservé pour les cheminots, qui partait de Toronto pour se rendre à Niagara Falls, à Peterborough et ailleurs. L’organisateur de ces excursions en train payait les membres du groupe deux ou trois dollars chacun.
Mais selon Bull, « les cheminots n’étaient pas toujours complètement abstinents. Leur hilarité mettait parfois à rude épreuve les principes de tempérance des garçons de Downsview. Cependant, le DBB a triomphé ».

Mais, toute bonne chose a une fin et, dans les années 1890, le Downsview Brass Band a été rattrapé par le temps. Les « beaux garçons de Downsview » ont fini par s’établir, se marier et avoir des enfants. Trouver de nouvelles recrues n’était pas chose facile, et le groupe a fini par se séparer.
Mais ce fut une grande et importante aventure. William Perkins Bull a conclu en disant que, « ce groupe a été une splendide occasion d’apprentissage; la camaraderie qui s’est développée entre les membres a mené à des amitiés durables, et ses membres ont connu du succès dans leur vie par la suite ».
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